La Peine est inévitable, la souffrance optionnelle. Chapitre 2 : Blessures narcissiques et intrusion

« Pain is inevitable. Suffering is optional »

Chapitre 2 : Blessures narcissiques et intrusion

(Mon article est fortement inspiré par l’article du Dr. Clarissa Pinkola Estes, car en lisant le sien, j’ai eu l’impression qu’il avait été écrit pour moi, ayant été confronté à cette exacte situation. Pour lire son article : http://fr.sott.net/article/2237-Blessures-narcissiques-de-l-egotisme-intrusif-une-forme-de-jalousie)

Il arrive que parfois, on se trouve dans une situation d’autant plus difficile à gérer qu’une personne proche, voire même un membre de notre famille, est à l’origine de cette situation. Cela se produit lorsque, par exemple, une personne plus ou moins proche de notre entourage immédiat imite nos faits et gestes, ait envie des mêmes choses que nous, ou tout simplement ait envie de savoir tout ce qui nous touche ou fait partie de notre vie quotidienne, comment on vit, etc…

Après tout, quoi de plus normal qu’une personne proche, un membre de notre famille ou un ami, s’intéresse à nous, à notre vie ? Quoi de plus normal, en effet, de partager nos désirs, nos idées, nos découvertes, nos ressources avec des proches ? Cet échange, s’il a lieu dans les deux sens, constitue effectivement une symbiose saine, dans laquelle chacun prospère et s’épanouit grâce et avec l’autre, étant engagé activement dans une relation. Il y a alors respect de la vie privée et de la différence.

Cette interactivité devient problématique quand elle est à sens unique. La personne en face de nous, bien souvent inconsciemment, essaie finalement de nous ressembler, de façon plus ou moins directe, au lieu de vivre une existence librement fondée sur ses propres idées et envies, en accord avec son moi authentique, son essence profonde. Ainsi, ne trouvant pas son inspiration à l’intérieur, cette personne se dédie plutôt à observer ce qu’un autre semble faire/obtenir/désirer/posséder et aspire à ce qu’il croit que l’autre possède, matériellement et/ou spirituellement, dont lui-même s’imagine manquer…

La relation qu’établit la personne en demande n’est donc plus un lieu d’échange mais d’absorption de l’autre, dont elle convoite « l’aura », l’approbation, la reconnaissance… et l’énergie. Il est épuisant d’être entraîné dans une relation où l’une de deux personnes tente trop fréquemment de pomper l’énergie et l’inspiration de l’autre, où seulement une en tire profit … tandis que l’autre est de plus en plus fatiguée, car aucun s soutien ne lui est donné en retour.

Le « vampirisme » de la situation vient du caractère intrusif dans lequel s’engage la relation entre les deux protagonistes, l’un vidant l’autre de sa substance, de son énergie, s’insinuant dans sa vie, dans son quotidien, dans son intimité… Ceux qui sont susceptibles de vider les autres sont généralement intrusifs sans le vouloir, transgressant les frontières, faisant fi des limites sans même s’en rendre compte…

L’intrusion se caractérise ainsi par le fait que l’un est toujours en demande, prend plus que ce que l’autre est en mesure de lui offrir, et souvent pousse à une intimité à laquelle il n’est pas invité. Il arrive même parfois que, dirigée par envie voire jalousie, la personne cherche à s’accaparer de ce qui ne lui est pas offert et ne lui appartient pas. Cela correspond bien à la définition généralement admise du mot : Action de s’introduire illégitimement dans une charge, une fonction, un lieu, sans invitation, sans droit, sans y être attendu ou invité.

La plupart de ceux qui sont intrusifs ont pour habitude de refuser de se voir tels qu’ils sont, honnêtement, et sont dans le déni total, ce qui les amène donc à refuser de changer ou de reconnaitre leur attitude lorsque l’autre leur en fait la remarque, n’en ressentant aucunement la véracité. Essayer de poser/redéfinir des limites saines avec un proche intrusif est une entreprise particulièrement ardue, tout comme lui dire non, parce que généralement, il ne voit pas l’autre comme étant séparé de lui-même, menant une vie séparée de la sienne. Il est d’ailleurs souvent surpris, car il estime pour sa part donner beaucoup, et est souvent capable de dresser une longue liste de ce qu’il donne à l’autre.

De plus, on accorde une certaine place à un proche intrusif, car on trouve bien souvent une excuse à son comportement, étant impliqués émotionnellement, affectivement. On ne veut pas blesser, être trop brutal, on a déjà essayé de discuter du problème, mais, l’autre étant dans le déni, toutes nos tentatives se sont soldées par un échec… Si instinctivement, nous savons qu’il faut poser des limites, tenir à distance un tel envahissement, bien souvent, nous nous retrouvons acculés, sans plus vraiment savoir quoi faire, ni comment s’y prendre… L’intrusion est d’autant plus difficile à gérer que l’instinct et les limites de la victime ont été minés, ou quand la victime est elle-même en position de fragilité, qu’elle soit matérielle, psychique ou autre… En effet, même pour la victime, il est parfois difficile de reconnaitre qu’elle a été drainée de son énergie.

La fatigue qui en découle vient du fait que nous sommes exploités et colonisés par une personne incapable de vivre de manière autonome. Elle nous vole notre temps et notre énergie, les gaspille à cause de sa propre fragilité, dérobe jusqu’à des parcelles de notre être, mentalement et spirituellement, qui font partie de notre vie privée, de notre intimité. Au risque de paraitre dur, être envahi par autrui, si l’intrusion devient permanente et hors de proportion, revient à un viol, une agression et une violation de son espace personnel et de son être intime. La situation génère d’autant plus de fatigue qu’elle semble être sans fin.

En effet, celui qui passe son temps à convoiter et/ou imiter l’autre ressemble à un puits sans fond : sa soif semble inassouvissable… Si ces personnes, en demande perpétuelle, prennent sans donner en retour, elles sont aussi généralement persuadées d’être appréciées pour leur présence, alors que bien souvent, il en résulte pour la victime de l’intrusion une répulsion d’ordre instinctif, fatiguée d’être sollicitée et obligée de donner indéfiniment. Si par le plus grand des hasards, le solliciteur (ce qui n’arrive pour ainsi dire jamais) demande ce qui pourrait nous aider ou nous faire plaisir, et que notre réponse est « rien » (car effectivement, c’est bien le cas), notre réponse, tout à fait honnête, génère en fait davantage de confusion chez cette personne car, souffrant d’une blessure narcissique, elle ressent presque toujours le besoin de quelque chose. Refusant ce qu’elle demande, on touche directement ses blessures les plus profondes…

Un adulte qui s’immisce dans les affaires d’un autre adulte, qui envahit son espace, et ne semble pas reconnaitre les limites intimes de l’autre, fait preuve non pas d’un moi authentique, mais d’un moi de substitution, dérivé, imité chez l’autre. Si on peut s’attendre, et même comprendre de tels comportements intrusifs de la part d’un enfant, c’est qu’il est simplement immature, et veut agir comme l’autre, montrant ce dont il est capable. Du fait de cette immaturité et de sa naïveté, il ne se rend pas compte qu’il voudra bientôt trouver son propre style, suivre sa propre voie, non pas dans l’imitation, en devenant un mini-clone à l’image de l’autre, mais en développant sa propre nature. L’enfant est en cours de développement, pas l’adulte. On s’attend donc à ce que ce dernier face preuve de maturité, et d’un moi original.

Ce « moi essentiel » (au sens de l’essence originelle) existe, mais il est soit encore non complètement développé, soit caché, retranché au plus profond, à cause d’obstacles, de blocages dus à des blessures plus ou moins profondes, plus ou moins répétées. Ces blessures narcissiques, dont nous faisons tous plus ou moins douloureusement l’expérience au cours de notre vie, peuvent, si elles sont mal soignées ou pire, totalement ignorées, entrainer une perte de la personnalité, un retrait tellement profond du véritable moi authentique, que cela crée un vide immense, douloureux et violent au sein même de la personne.

En temps normal, un adulte est capable de choisir les moments et les activités qui lui procurent repos, apaisement, épanouissement, joie… Par contre, un adulte dont les blessures narcissiques sont profondément ancrées est incapable de cela, puisqu’il est inconscient de cet état, ou refuse de le reconnaitre. Il s’ensuit un comportement prédateur, intrusif, parfois même particulièrement agressif envers l’être envié. Pour la victime du « vampirisme » intrusif d’un proche, le résultat, comme on l’a déjà vu plus haut, est d’être drainé de son énergie, de ressentir une fatigue immense.

Être drainé implique qu’on doit se remette sur pied. En premier lieu, il n’est pas si facile de reconnaitre qu’on a été drainés par un proche, car c’est devoir faire face à la faiblesse, sa propre faiblesse d’une part, mais aussi la faiblesse de l’autre (et toutes les conséquences engendrées par cette reconnaissance)… Ensuite, les « attaques » étant incessantes, comme on l’a déjà expliqué, récupérer de ces assauts demande à chaque fois plus de temps, sans parler du fait que l’on est souvent démuni face aux prouesses, esquives et manoeuvres auxquelles un individu aura recours afin d’éviter d’être acculé et d’entendre sans entendre qu’il va mal et a besoin d’aide…

Lorsqu’on est face à cette situation, pour justement y faire face, il y a deux choses essentielles : d’abord, se protéger, car une fois vidé de son énergie, on n’est plus en mesure d’aider l’autre, et ensuite, aider, accompagner l’autre, en gardant en mémoire que ce n’est pas par méchanceté pure que la personne agit de la sorte, mais parce qu’elle souffre au plus profond… (voir Chapitre 3 : Blessures narcissiques et voie de guérison)

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