La Peine est inévitable, la souffrance optionnelle. Chapitre 3 : Blessures narcissiques et voies de guérison

« Pain is inevitable. Suffering is optional »

Chapitre 3 : Blessures narcissiques et voies de guérison

(Ce dernier article est, tout comme le chapitre 2, fortement inspiré par l’article du Dr. Clarissa Pinkola Estes – Pour lire son article : http://fr.sott.net/article/2237-Blessures-narcissiques-de-l-egotisme-intrusif-une-forme-de-jalousie)

 

« La guérison est différente d’une simple acquisition de connaissances. […] Il s’agit de remodeler les attitudes à la racine avec la psyché comme soutien et comme guide ; il s’agit de se débarrasser de tout ce qu’un individu porte en lui et qui le fait souffrir, et bien plus encore ».                       Dr Clarissa Pinkola Estes

guérir de blessures profondes

Comme nous l’avons vu dans le chapitre précédent, le fait d’être victime d’un comportement intrusif nous donne le sentiment d’être exploités et colonisés, dépossédés de notre propre intimité, et nous laisse bien souvent épuisés, comme privés de la moindre énergie.

Pour la plupart d’entre nous, il est difficile de poser des limites face à une attitude intrusive. Plus cette personne nous est proche, plus il est difficile d’agir et d’aider, d’une part, à cause de notre implication émotionnelle et affective, d’autre part, face au déni dans lequel se trouve cette personne la plupart du temps.

Si on ne peut pas aider quelqu’un qui refuse de l’être, chose que l’on doit prendre en compte et respecter, il est pourtant primordial que les limites soient posées telles qu’elles doivent l’être, non seulement parce qu’elles sont nécessaires à l’épanouissement personnel, mais également pour la cohérence de tout individu. Et avant d’engager quelque action que ce soit, nous devons garder à l’esprit que nous sommes tous humains, que nous avons tous nos faiblesses, que nous reconnaissons avec plus ou moins de mal et d’objectivité. Le maître-mot reste ici, encore et toujours, compassion.

Même si nous ne nous l’avouons pas toujours, nous portons tous en nous tel ou tel complexe, une faille qui peut nous rendre la vie misérable et, pris dans sa tourmente, certains d’entre nous sont moins aptes à y faire face, car de nombreux facteurs extérieurs entrent en jeu. Une période difficile au moment de l’événement, une situation matérielle fragilisante par exemple, peut venir entraver le processus naturel de guérison et être le facteur déterminant qui explique pourquoi certaines blessures ne guérissent pas…

Ce type de blessure nécessite un effort approprié, récurrent et durable pour guérir. Malheureusement, notre société moderne occidentale, qui veut toujours aller plus vite, nous inflige son manque de patience et de temps, éléments nécessaires et primordiaux à une rémission complète. Qui n’a jamais entendu un ami, fatigué ou malade, dire qu’il devait aller travailler, qu’il n’avait pas le temps de se reposer ?

Nous vivons trop souvent dans l’illusion que nous n’avons pas d’autre choix que de produire, que notre épanouissement est dans la consommation et la possession, et que notre bonheur dépend toujours de quelque chose qui se trouve ailleurs … La société, ici, nous impose un comportement, crée une soif quasi inextinguible, qui ressemble tout à fait au comportement intrusif de la personne en souffrance. On recherche à l’extérieur ce que nous avons déjà à l’intérieur, on donne sans jamais recevoir, on se fatigue jusqu’à épuisement… Si un système est mauvais, empêche l’épanouissement individuel et collectif, se nourrit de nous au lieu de nous nourrir, pourquoi continuer à le faire prospérer ? Mais c’est une autre question…

Revenons à nos blessures. Il ne s’agit pas, face à des traumas aussi sérieux que des blessures narcissiques, d’agir à la va-vite, ni d’essayer de masquer ça comme on cacherait de la poussière sous un tapis. La solution simple et rapide n’est jamais la meilleure dans ce cas précis. Guérir d’une telle blessure prend du temps. Comme un enfant qui grandit et se construit, qui gagne en maturité au fil du temps et de ses expériences, guérir d’une blessure narcissique est tout à fait comparable cette aventure, cette quête qui s’engage dès les premiers âges, et qui détermine la découverte et l’épanouissement de son moi essentiel, de sa nature profonde.

Il faut garder à l’esprit que les personnes qui souffrent et nous imposent leur comportement intrusif ne le font pas exprès, ou par pure méchanceté, mais par souffrance, cette dernière exprimant un manque profond, une perte du soi authentique. Percer cette armure, c’est revenir à leur dire qu’ils ont le droit d’être eux-mêmes, et non pas la copie de quelqu’un d’autre. En effet, une blessure narcissique peut se révéler tellement déstabilisante qu’elle pourra aller jusqu’à questionner toutes les fondations sur lesquelles s’est construite la personne maintenant en souffrance. Redécouvrir, reconstruire son véritable moi, son essence primordiale, est une entreprise curative longue, difficile, et qui mérite le respect, et le soutien.

Pour soutenir et accompagner la personne qui entreprend ce long chemin, il s’agit d’abord de déterminer ses besoins réels. Bien souvent, ce qui dans la vie de tous les jours nous énerve le plus, nous fait réagir, nous agresse, fait référence bien souvent quelque chose que nous nous reprochons à nous-mêmes. L’autre est bien plus souvent qu’on ne le croit un miroir dans lequel nous nous reflétons, et qui met en relief nos travers. Avant de s’emporter, il faudrait donc d’abord se demander pourquoi cette situation a un tel impact sur nous. C’est également le cas ici : un proche qui souffre de blessures narcissiques impose à autrui (du temps, être vue, regardée, aidée, assistée, soutenue, comprise, estimée, conseillée, etc.) ce dont précisément il a besoin. Et c’est exactement cela que nous devons lui offrir, avec le soutien d’une personne qualifiée, pour ne pas le laisser déraper, se décourager, baisser les bras, et ainsi le soutenir jusqu’à aboutir à une guérison profonde…

Pour la personne qui souffre, la première chose à faire est en effet de reconnaitre qu’elle va mal, et de sortir du déni qui ne fait que renforcer notre carapace et fermer les portes, l’éloigner d’elle-même et de ceux qui l’aiment. Le problème de fond est un grave manque de respect pour la blessure que le moi véritable a subie. L’ignorer ou la réparer à l’emporte pièce, se sentir un peu mieux et l’oublier trop vite, c’est prendre le risque de la voir s’ouvrir ultérieurement, plus violemment encore, parce que réveillée par une nouvelle attaque de notre carapace illusoire…

Ensuite, il est primordial de reconnaitre ses propres limites, et surtout, de respecter les délais nécessaires. Une jambe cassée ne guérit pas en 2 jours parce qu’on y a posé un plâtre. Elle guérit parce qu’on lui donne le temps et les soins indispensables à une complète rémission. Comme on l’a déjà dit, il n’existe ni raccourci, ni compromis. Tout comme le corps, la psyché a les moyens de se réparer. Et même si bien souvent nous l’oublions, notre force et notre guérison ne dépendent de personne, hormis nous-mêmes. Encore faut-il croire en soi, ce qui est le plus difficile dans un état de souffrance narcissique. Tout l’amour de notre entourage, s’il représente une aide précieuse, ne sera rien si on ne se laisse pas suffisamment de temps pour travailler sur ses véritables problèmes intérieurs, avec compassion, mais sans faux-semblant.

L’amour de nos amis, leurs conseils, leur soutien représentent une aide inestimable, mais reste une aide extérieure. La vraie guérison viendra de nous, de l’intérieur. Pour rester dans la métaphore de la jambe cassée, pendant cette période difficile, nos amis pourront nous soulager par exemple de tâches ménagères, mais la jambe ne sera définitivement remise que lorsque les os seront ressoudés, parce que nous aurons porté un plâtre correctement posé suffisamment longtemps. Parce que nous mangeons et prenons les vitamines et minéraux appropriés pour renforcer les os. Parce que, une fois le plâtre retiré, nous entraînons progressivement notre jambe pour retrouver la masse musculaire nécessaire.

Enfin, parce que nous avons trouvé et réparé la marche défectueuse de l’escalier qui a provoqué la chute. Nous nous sommes non seulement donné le temps nécessaire, mais nous avons également identifié et éliminé l’origine de notre problème. On a appris à trouver en nous les ressources indispensables, plutôt que de rechercher ailleurs une nourriture plus globale, illusoire, éphémère et à sens unique. Nous connaissons maintenant nos propres schémas, nous reconnaissons nos patterns, nous nous connaissons mieux, et de fait, nous contrôlons plus efficacement, le véhicule composé de notre corps-mental-esprit, l’entité qui fait que nous sommes nous, et pas la copie chimérique d’un autre.

On peut décider de ne pas entreprendre cette démarche, de ne pas reconnaitre que l’on souffre. Et c’est aussi respectable. On peut aussi avoir tenté une telle démarche, et ne pas avoir réussi à aller jusqu’au bout. Peut-être est-il temps d’essayer à nouveau. Il faut regarder les choses en face, sans se voiler la face, avoir le courage de demander de l’aide, en reconnaissant ses propres limites, faire les efforts nécessaires à la démarche, s’y engager pleinement, et surtout, prendre le temps indispensable à une totale rémission.

Vers le chapitre 4 : reconstruction personnelle et sagesses ancestrales

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