La Peine est inévitable, la souffrance optionnelle. Chapitre 4 : reconstruction personnelle et sagesses ancestrales

« Pain is inevitable. Suffering is optional »

Chapitre 4 : reconstruction personnelle et sagesses ancestrales

Reprendre sa vie en main, se reconstruire, après une rupture, une maladie ou tout autre événement traumatisant, n’est pas toujours évident, pour le simple fait que la vie ne nous apprend pas forcément comment faire, ne nous donne pas toujours les clés nécessaires à ce travail, long et souvent décourageant… Pourtant, une fois engagé, on s’aperçoit combien il est stimulant, et épanouissant.

Comme je l’ai dit dans le premier chapitre de cette « saga », notre vie contemporaine, basée sur le consumérisme et le capitalisme, crée des besoins qui, contrairement à ce que l’on nous laisse entendre, sont loin de nos besoins réels. C’est cet attachement, aux objets comme aux personnes, ajouté à l’illusion de durabilité, qui est à l’origine des plus grandes douleurs que nous ressentons. Ce n’est pas moi qui le dit, mais le Dharma, qui regroupe tous les enseignements du Bouddhisme. Les sociétés occidentales ne nous apprennent plus à explorer, à questionner, à prendre de responsabilité, encore moins à être nous-mêmes. Les règles et les conventions sont là pour suppléer à tout cela.

Nous vivons trop souvent dans l’illusion que nous n’avons pas d’autre choix que de produire, que notre épanouissement est dans la consommation et la possession, et que notre bonheur dépend toujours de quelque chose qui se trouve ailleurs … La société, ici, nous impose un comportement, crée une soif quasi inextinguible, qui nous oblige trop souvent à ignorer nos besoins primordiaux en tant qu’êtres humains. Séparé de notre Soi authentique, nous rejetons nos aspirations les plus profondes. Il en découle souvent une profonde auto-dévalorisation, allié à un puissant sentiment de culpabilité, bref, une profonde souffrance.

On recherche à l’extérieur ce que nous avons déjà à l’intérieur, on se fatigue jusqu’à épuisement… Dès l’enfance, on nous éloigne de notre Soi véritable, de nos aspirations spirituelles, au lieu de nous aider à les développer et nous épanouir. La société ne se préoccupe pas de notre bonheur, mais seulement de sa propre survie. Il est illusoire de croire que nous sommes encore ceux qui tirent les rennes. Il y a bien longtemps que nous ne contrôlons plus rien, et que le système nous a échappé. Nous vivons dans une structure qui empêche l’épanouissement individuel et collectif, se nourrit de nous au lieu de nous nourrir, mais nous continuons à le faire prospérer.

Inutile de se demander pourquoi. La réponse est simple : si nous n’agissons pas, c’est que nous ne savons pas comment agir, ni vers quoi aller. La peur de l’inconnu et du changement, le poids des traditions et du collectif, tout cela ne facilite pas la démarche, encore moins le passage à l’action.

Mais avant d’essayer de s’attaquer à la société, il faut d’abord guérir soi-même, se reconstruire, en quelque sorte, se reconquérir. Ce qui implique, en autre, de déconstruire réflexes et acquis mis en place au cours des ans, des expériences, des impératifs imposés par la société et la culture dans laquelle on grandit.

Le Bouddhisme, par exemple, considère l’égo, encensé dans la culture occidentale moderne, n’est autre qu’une fiction illusoire à laquelle nous nous identifions à tort. Contrairement à l’idée reçue qui veut que notre être soit une identité fixe qui se réfère à ce « moi », nous sommes fondamentalement libres de tout principe central, ouverts et autonomes. Rester attaché à ce « moi », comme à tout autre forme d’attachement, est source de souffrance.

En fait, quand on commence à s’intéresser à la pensée bouddhique, on est presque déconcerté par la simplicité, et la justesse, de deux mots qui, à eux seuls, résument la notion de souffrance, et expliquent sa provenance. Ce sont en fait les deux premières des quatre vérités qui sous-tendent l’ensemble de la pensée bouddhique : dukkha et samudaya.

Lorsqu’il parle du dukkha, la souffrance, le Bouddha présente son point de vue sur la vie et le déséquilibre du monde, ce qui est bien plus profond que la conception habituellement impliquée dans le mot souffrance. Loin de se réduire à la souffrance physique ou morale, ce terme fait référence à la notion d’impermanence et d’attachement, et à leurs implications.

Lors du sermon de Bénarès, le Bouddha affirme : « La naissance est dukkha, la maladie est dukkha, la mort est dukkha. La tristesse, les lamentations, la douleur, le chagrin et le désespoir sont dukkha. Être en contact avec ce que l’on n’aime pas est dukkha, être séparé de ce que l’on aime est dukkha, ne pas obtenir ce que l’on désire est dukkha, en résumé les cinq agrégats d’attachement sont dukkha. »

Sans rentrer trop avant dans les détails, dukkha montre que la souffrance fait partie intégrante de la vie, qu’elle est universelle et inévitable. C’est un constat qui peut sembler fataliste, mais nécessaire. Car le savoir, c’est établir en même temps la fondation sur laquelle on va assoir tout le reste de l’édifice qui nous amène à la libération : « Celui qui voit dukkha, voit aussi la naissance de dukkha, il voit aussi la cessation de dukkha et il voit aussi le sentier qui conduit à la cessation de dukkha. » Bouddha explique par là que ces vérités, sont interdépendantes, et celui qui voit (donc comprend) l’une de ces vérités, voit aussi les autres.

Ceci nous amène à la deuxième vérité, samudaya, qui va nous aider à saisir les causes de dukkha : la cause fondamentale de la souffrance est l’ignorance, cette « soif » inassouvissable qui correspond au désir, à l’avidité, à l’attachement.

L’ignorance amène à créer toutes sortes d’attachements et de désirs qui finissent toujours par mener à la souffrance, à l’insatisfaction perpétuelle. Nagarjuna nous explique, dans Mūlamadhyamaka-kārikā  » son Traité Fondamental de la Voie du Milieu », que l’ignorance, en tant qu’interprétation erronée de la réalité est à l’origine de la souffrance. Ainsi, l’ignorance conduit à croire qu’il existe un « soi » (notre fameux égo), et que ce « soi » est permanent. Or, c’est une illusion, une conception erronée de la réalité, qui nous conduit au désir, à l’attachement, à l’avidité, autant de sources de souffrance.

L’attachement, de par le principe de l’impermanence (nous savons tous que rien n’est immuable), est une grande source de souffrance. Puisque toute chose tend à disparaître, l’attachement qu’on lui porte nous entraine vers la souffrance. L’attachement concerne aussi bien le désir des sens, les éléments matériels, les idées, les idéaux, les pensées, les théories ou les croyances. Heureusement, tout étant éphémère, la peine l’est aussi…

Ignorer ces principes mène aussi à la convoitise, à l’avidité, au désir de posséder, aussi bien les choses matérielles que les êtres, au pouvoir, et leurs cortèges de malheurs. Installé dans cette insatisfaction perpétuelle, on en veut toujours plus, et on souffre toujours plus. Ces poisons peuvent aller jusqu’à entraîner la haine, la haine contre ce que l’on ignore, ce que l’on ne connaît pas, et l’on arrive rapidement à la xénophobie, au racisme, et leur armée de sentiments destructeurs.

L’enseignement de Bouddha montre que l’ignorance est la source des douze maillons de la production conditionnée. C’est le processus qui montre l’origine de la souffrance selon l’interdépendance de toute chose de ce monde, principe appelé Pratityasamudpada. Pour le bouddhisme, nous ne sommes pas des êtres isolés, et tout a une incidence sur nous, et inversement. L’illusion d’être séparé des autres et du monde entraine actions négatives et souffrance. Ces 12 maillons obéissent également à cette loi de causalité, qui veut que chaque maillon implique le suivant et est provoqué par le précédent. Le premier maillon est l’ignorance. Viennent ensuite l’action volitionnelle ou conscience, le nom et la forme, la sphère des 5 sens, le contact, les sentiments, l’attachement, l’existence, la naissance, le fait de vieillir et enfin, la mort.

Ainsi, en luttant contre notre ignorance, on arrive à se libérer des autres maillons et donc de la souffrance. Pour cela, il existe 2 chemins principaux, Hinayana ou le Petit Véhicule, et Mahayana ou Grand Véhicule. Dans le premier, les instructions nous enseignent à faire la paix avec soi, à la fois par le calme intérieur, la compréhension de la nature de l’esprit (vipashyana), le souci de l’éthique et la purification de notre comportement. Le Mahayana, voie ouverte à tous, ne met plus l’accent sur la libération individuelle, mais sur l’idéal de compassion.

La compassion joue un rôle majeur dans la tradition et la pensée bouddhiste. Contrairement à la conception émotionnelle que l’on en a en Occident, la compassion n’est pas un sentiment, mais la compréhension claire de l’unité de tous les êtres, du fait que nous ne sommes pas séparés les uns des autres (Pratityasamudpada). Elle désigne le souci d’alléger la souffrance de tous les êtres, et de se consacrer à leur bien. De fait, la compassion véritable est de rendre capable autrui, en l’aidant à trouver la force et le courage à l’intérieur de sa vie et de lui-même, de surmonter ses problèmes. Ainsi, l’essence de compassion est la responsabilisation/autonomisation, et, en quelque sorte, la source du changement, de la reconstruction personnelle, et de son acceptation.

Il existe d’autres voies, qui facilitent et accompagnent la transformation, et vont dans le même sens que le bouddhisme et se basent sur les mêmes principes : le yoga et la philosophie tantrique.

 

La compilation de ces 4 articles, comme leur contenu, ne se veut pas LA réponse idéale, ou la seule qui existe et qui marche, mais plutôt des pistes possibles, à essayer, seule ou en complément d’une autre voie. Ce sont des idées à rechercher, à creuser, à approfondir, à s’approprier. Ces articles sont le résultat d’une recherche menée depuis plusieurs années, et qui font suite à une série de traumatismes, comme tout le monde peut en subir au cours de sa vie. Rien d’extraordinaire, donc, simplement le sentiment de devoir partager les moyens qui m’ont permis, personnellement, de refaire surface, mais aussi d’aider les autres, dans le but de montrer qu’effectivement, si la peine est inévitable, la souffrance, elle, reste optionnelle.

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