Traduction/Translation – Article de Defne, sur les horreurs d’Istanbul – horror in Istanbul

En tant que Yogi, il ne s’agit pas de se cantonner à son tapis de yoga et faire ses « dévotions ». Être yogi, c’est aussi être dans son époque, et agir pour ses principes et les défendre quand ils sont mis à mal. C’est se battre pour ce à quoi on croit, non pas par la violence, mais en faisant connaitre autour de soi les injustices, les malveillances, les manipulations d’une certaine élite (etc) dans le but de faire changer les choses. Ça, c’est le yoga !

As Yogi, it is not about staying on your yogamat and doing your « devotions ». Being a yogi, it is also to be present in your daily time, and to act for your principles and to defend them when they are damaged. It is to fight for what we believe, not by violence, but by making known around us injustices, hostilities, manipulations of some elite (etc.) with the aim of making change things. That, it is for me yoga! (for the article in english, see directly Defne’s blog : http://defnesumanblogs.com/2013/06/01/what-is-happenning-in-istanbul/)

voici la traduction :

« Pour mes amis qui vivent à l’extérieur de la Turquie:

Je vous écris pour vous faire savoir ce qui se passe à Istanbul ces cinq derniers jours. Personnellement, je me dois d’écrire cela parce que la plupart des sources médiatiques sont bloquées par le gouvernement et que le bouche à oreille et Internet restent nos seuls moyens pour expliquer ce qui se passe, et demander de l’aide et du soutien.

Il ya quatre jours, un groupe de personnes qui n’appartenaient à aucune organisation ou idéologie spécifique se sont réunis dans le parc Gezi d’Istanbul [à Taksim]. Parmi eux, il y avait beaucoup de mes amis et étudiants. Leur raison était simple : prévenir et protester contre la démolition prochaine du parc en vue de la construction d’un ixième centre commercial au centre de la ville. Il ya déjà de nombreux centres commerciaux à Istanbul, au moins un dans chaque quartier! L’abattage des arbres devait commencer tôt jeudi matin. [le mercredi soir] Les gens sont allés dans le parc avec leurs couvertures, livres et enfants. Ils y ont installés leurs tentes et ont passé la nuit sous les arbres. Tôt le matin lorsque les bulldozers ont commencé à avancer vers les arbres centenaires du parc, ils se sont levés pour arrêter l’opération.

Ils n’ont rien fait d’autre que de se tenir debout devant les machines.

Aucun journal, aucune chaîne de télévision n’était là pour présenter la manifestation. C’était un black out médiatique complet.

Mais la police est arrivée avec des véhicules de canons à eau et de gaz au piment. Ils ont chassé la foule du parc.

Dans la soirée, le nombre de manifestants s’est multiplié. De même que le nombre des forces de police à travers le parc. Pendant ce temps, le gouvernement local d’Istanbul a fermé toutes les voies de communication menant à la place Taksim, où est situé le parc Gezi. Le métro a été fermé, les ferries ont été annulées, les routes ont été bloquées.

Malgré cela, de plus en plus de gens ont cheminé jusqu’au centre de la ville, à pied.

Ils sont venus de tous les coins d’Istanbul. Ils sont venus de tous les milieux, d’idéologies ou de religions différentes. Ils se sont tous réunis pour empêcher la démolition de quelque chose de plus grand que le parc :

Le droit de vivre comme des citoyens honorables de ce pays.

Ils se sont rassemblés et ont défilé. La police les a chassés avec force spray au piment et bombe lacrymogène, et a dirigé ses chars sur les gens qui ont offert de la nourriture de la police en retour. Deux jeunes gens ont été écrasés par les chars et ont été tués. Une autre jeune femme, une de mes amis, a été touché à la tête par une des bombes lacrymogènes jetées. La police les envoyait directement sur la foule. Après une opération de trois heures, elle est toujours en unité de soins intensifs et dans un état très critique. Au moment où j’écris cela, nous ne savons pas si elle va s’en sortir. Ce blog lui est consacré.

Ces gens sont mes amis. Ce sont mes étudiants, mes parents. Ils n’ont aucun «agenda caché» comme l’Etat aime à le dire. Leur objectif est là. Il est très clair. Le pays tout entier est vendu à des sociétés par le gouvernement, pour la construction de centres commerciaux, des condominiums de luxe, des autoroutes, des barrages et des centrales nucléaires. Le gouvernement est à la recherche (et la création si nécessaire) de n’importe quelle excuse pour attaquer la Syrie contre la volonté de son peuple.

En plus de tout cela, le contrôle du gouvernement sur la vie personnelle de son peuple est devenu de plus en plus insupportable. L’Etat, en vertu de son programme conservateur, a adopté plusieurs lois et règlements concernant l’avortement, la naissance par césarienne, la vente et la consommation d’alcool et même la couleur du rouge à lèvres porté par les hôtesses de l’air.

Les gens qui marchent vers le centre d’Istanbul réclament leur droit de vivre librement et de recevoir la justice, la protection et le respect de l’État. Ils exigent d’être impliqués dans les processus de prise de décision au sujet de la ville où ils vivent.

Ce qu’ils ont reçu à la place est l’emploi d’une force excessive et d’énormes quantités de gaz lacrymogène tiré directement dans leurs visages. Trois personnes ont perdu leurs yeux.

Pourtant, ils continuent à défiler. Des centaines de milliers se joignent à eux. Plus de 20 mille personnes ont passé le pont du Bosphore à pied pour soutenir le peuple de Taksim.

Aucun journal ou chaîne de télévision n’était là pour rapporter les événements. Ils étaient occupés à diffuser des nouvelles à propos de Miss Turquie et du « chat le plus étrange du monde ».

La police continuent à chasser les gens en les pulvérisant avec du spray au piment, si bien que l’excès de quantité employée a empoisonné et même tué les chiens et chats errants.

Les écoles, les hôpitaux et même des hôtels 5 étoiles autour de la place Taksim ont ouvert leurs portes aux blessés. Les médecins remplissent les salles de classe et des chambres d’hôtel pour prodiguer les premiers soins. Certains policiers ont refusé de pulvériser des personnes innocentes avec des gaz lacrymogènes et ont quitté leur emploi. Autour de la place, ils ont mis des brouilleurs pour empêcher la connexion Internet et les réseaux 3G ont été bloqués. Les résidents et les entreprises de la région ont ouvert leur propre réseau sans fil gratuitement pour les gens dans les rues. Les restaurants ont offert de la nourriture et de l’eau gratuitement.

Beaucoup de personnes à Ankara et Izmir se sont réunis dans les rues pour soutenir la résistance à Istanbul.

Les médias grand public ont continué à difuser miss Turquie et « le chat le plus étrange du monde ».

***

Je vous écris cette lettre pour que vous sachiez ce qui se passe à Istanbul. Les médias ne vous diront rien de tout cela. Pas dans mon pays du moins. S’il vous plaît, envoyez le plus grand nombre d’articles que vous voyez sur l’Internet et passez le mot.

Comme je l’ai publié des articles qui expliquent ce qui se passe à Istanbul sur ma page Facebook hier soir, quelqu’un m’a posé la question suivante:

«Qu’espérez-vous gagner en vous « plaignant » de notre pays aux étrangers?»

Ce blog est ma réponse à elle.

Par ce qu’on appelle «se plaindre» au sujet de mon pays, j’ai l’espoir de gagner :

– La liberté d’expression et de parole,

– Le respect des droits de l’homme,

– Avoir le contrôle sur les décisions que je prends concernant moi et mon corps,

– Le droit de se réunir légalement dans n’importe quelle partie de la ville sans être considéré comme un terroriste.

Mais plus que tout, en m’adressant à vous, mes amis qui vivent dans d’autres parties du monde, j’espère obtenir votre prise de conscience, votre soutien et votre aide !

S’il vous plaît passer le mot et partager ce blog.

Je vous remercie !

For futher info and things you can do for help please see Amnesty International’s Call for Urgent Help

Pour de plus amples info et choses que vous pouvez faire, allez sur le site d’Amnesty International Call for Urgent Help »

 

Thank you Defne to post this article. (Merci Defne d’avoir posté cet article).

Et j’espère qu’en traduisant ce que tu dis, on pourra toucher plus de personnes, et que cela apportera aide et réconfort à tous ceux qui se battent pour vivre libre et décemment, à Istanbul, en Turquie, mais également dans le reste du monde.

Courage !

 

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