Divers extraits d’articles parus dans les médias ou blogs ces derniers jours – résumé de la situation en Turquie

Un mouvement à la Mai 68 s’est emparé de la société civile

LE MONDE | 06.06.2013 à 08h10 • Mis à jour le 06.06.2013 à 14h16 – Par Pinar Selek (Sociologue, écrivain, militante féministe turque) – pour lire l’article : http://www.lemonde.fr/idees/article/2013/06/06/un-mouvement-a-la-mai-68-s-est-empare-de-la-societe-civile_3424823_3232.html

extrait : « Davantage que la quantité, c’est la pluralité de ces voix qui étonne dans la capitale turque : féministes, militant(e) s gays et lesbiens, anarchistes, artistes, anticapitalistes et écologistes, main dans la main. Contre la répression sanglante, ce mouvement, grâce aux réseaux sociaux, se répand à travers de nouvelles manifestations et grèves dans d’autres villes du pays. […]

Depuis longtemps, les rancoeurs s’accumulent : Istanbul est victime des politiques néolibérales qui, avec leurs projets urbains, interviennent dans tous les domaines de la vie. Les Tziganes, qui avaient imprimé leur style à leur espace, ont été chassés. Ceux qui ont pu rester sont dispersés. Les mécanismes de rejet des cultures ont atteint des dimensions fascisantes. Tandis qu’on détruit la nature, on repense les espaces comme Beyoglu, Sulukule, Tarlabasi qui formaient le coeur d’Istanbul.

 

La décision de sacrifier vingt arbres est la goutte qui a fait déborder le vase. Détruire le parc Gezi pour construire un centre commercial sur le mode ottoman, c’est rayer encore une fois l’histoire et la vie quotidienne à Istanbul. La résistance des jeunes autour de ces arbres est devenue le symbole du sauvetage de la ville. Mais c’est la répression violente qui a déclenché ces grands rassemblements.

Depuis longtemps, le pays est témoin de l’émergence de mouvements autour de « causes inédites ». Sortant du cercle traditionnel, ces contestataires réussissent à remettre en question la définition de citoyenneté républicaine. Le mouvement féministe, le mouvement gay et lesbien, les antimilitaristes, les écologistes, les groupes de jeunes ont recréé un champ militant dynamique et multi-organisationnel. Le système autoritaire turc, du champ politique à la vie privée, en dévoilant la structure intersectionnelle des rapports sociaux de sexe et d’ethnicité, relie ces groupes. Sa répression crée le rapprochement, l’association et la collaboration entre ces différents mouvements.

Comme le dit l’actrice de théâtre Sebnem Sönmez : « Nous sommes là ! Pour notre place, pour notre parc, pour nos rivages, pour nos forêts. Nous avons appris les uns des autres qu’un arbre est un espoir. Dans le parc Gezi, nous n’avons pas seulement planté des arbres, mais aussi la démocratie et l’espoir. »

 

(d’après pascal-maillard, http://blogs.mediapart.fr/blog/pascal-maillard-1) : Plus rien ne sera comme avant en Turquie, même si Erdogan devait parvenir à mettre fin dans la violence policière à ce mouvement social de grande ampleur. Beaucoup d’analystes s’entendent aujourd’hui pour souligner le caractère unique et exemplaire des convergences sociales, politiques et militantes qui se sont inventées dans cette lutte contre la dictature « démocratique » d’Erdogan. Pinar Selek avait prophétisé dans ses travaux de sociologue cette étonnante convergence des mouvement associatifs en Turquie. Les liens et le front uni qui ont été créés place Taksim laisseront des traces durables dans la société civile. Une génération s’est levée pour inventer une nouvelle démocratie. Mais ce mouvement a été préparé de longue date par de multiples résistances. Quant à la stratégie d’Erdogan, il a toujours habilement joué de la carotte et du bâton. Rien de pire qu’un petit dictateur fourbe, avec une intelligence tactique et se drapant dans un discours pseudo-démocratique…

 

(extrait de http://blogs.mediapart.fr/blog/francesco-ragazzi/160613/turquie-une-nuit-de-violences-policieres-sans-precedent-et-apres, de Francesco Raggazi) : « Il est difficile de comprendre en ce moment la stratégie du premier ministre turc Recep Tayyip Erdoğan. Samedi, les négociations entre avec la Plateforme de Solidarité de Taksim (les représentants des protestataires réunis à Gezi Park) semblaient avoir débouché sur un compromis. Le gouvernement s’était engagé à attendre et respecter la décision de justice sur la légalité du projet de construction de la caserne. De leur côté les militants s’étaient engagés à progressivement mettre fin à leur action. De retour à Gezi Park, les représentants n’ont cependant pas réussi à convaincre les militants de mettre fin entièrement à l’occupation. La base a voté la continuation de l’occupation, tout en montrant des signes de bonne volonté en démontant certaines barricades. Le but était de maintenir, in fine, une présence symbolique avec une seule tente. Mais le premier ministre a interprété ces hésitations comme un signe de trahison. Hier soir, une heure après avoir déclaré, dans un meeting de son parti à Ankara, que la place devait être évacuée ou elle le serait par les forces de l’ordre, la police est entrée brutalement dans le parc. L’action policière a marqué le début d’une nuit de violences inégalée dans toute Istanbul.

 

Sans trop de sommations, la police a mis en marche son attirail de gaz lacrymogènes, canons à eaux et grenades assourdissantes pour prendre le contrôle du parc. Beaucoup de familles et leurs enfants s’y trouvaient. Prise de panique, une partie de la foule, ainsi que de très nombreux blessés se sont réfugiés dans l’hôtel Divan, situé à l’extrémité opposée du parc par rapport à la place  Taksim. Tout au long de la nuit, on a vu passer sur les réseaux sociaux des photos et des vidéos témoignant de l’intervention de la police dans l’hôtel, où notamment elle a utilisé des gaz lacrymogènes – un choix extrêmement dangereux dans un espace fermé: les gens n’ont pu se réfugier à l’étage, ou subir de plein fouet l’effet condensé des gaz. Certaines personnes ont été arrêtées, les blessés et les enfants étaient en panique toute la nuit. Une vidéo qui circule sur Twitter montre l’entrée de l’hôpital allemand – un hôpital situé près de la place de Taksim –  attaqué par la police à coups de canons à eau. De nombreux représentants du mouvement ont été arrêtés. Les lieux d’arrestation n’ont pas tout été communiqués, ce qui a empêché aux avocats de s’y rendre pour les défendre.

 

 

Le jardin Gezi occupé voit refleurir la liberté

LE MONDE | 06.06.2013 à 08h11 • Mis à jour le 06.06.2013 à 14h17 – Par Nilüfer Göle (Sociologue à l’Ecole des hautes études en sciences sociales)

Pour lire son article complet : http://www.lemonde.fr/idees/article/2013/06/06/le-jardin-gezi-occupe-voit-refleurir-la-liberte_3424795_3232.html

extrait : « Le mode de gouvernance a subi, ces dernières années, une personnalisation qui rappelle le sultanat. Devenu majoritaire, sans opposition politique importante, Erdogan n’hésite pas à prendre des décisions seul, sans daigner consulter ni les principaux concernés, les riverains, ni son propre entourage politique. Cette personnalisation du pouvoir, qui passe par son omniprésence dans l’espace public, se retourne contre lui aujourd’hui et cristallise toute la colère contre sa personne.

Ce mouvement annonce la nécessité d’une nouvelle culture publique de reconnaissance et de rassemblement. L’avenir de la démocratie en Turquie réside dans le credo de ce mouvement, qui appelle le pouvoir à tenir sa langue, à contenir sa volonté d’intrusion morale et à bannir la violence. Contre la politique de la polarisation et de la stigmatisation, le mouvement réunit au-delà des anciens clivages. De sensibilité majoritairement séculière, il n’adhère pas pour autant à une laïcité répressive. Le poème de Nazim Hikmet résume l’âme de ce mouvement libertaire et rassembleur : « Vivre comme un arbre seul et libre, vivre en frères comme les arbres d’une forêt. »

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