Petit conte des temps modernes – Le yogi, la vilaine sorcière et la fée disco

Petit conte des temps modernes – Le yogi, la vilaine sorcière et la fée disco

Conte Moderne F

Le contexte temporel…

1936 : Les Temps Modernes. Qui ne souvient pas, avec le sourire aux lèvres, de ce fameux film de Chaplin. Satire pleine d’humour du travail à la chaîne, plaidoyer hilarant contre le chômage et des conditions de vie d’une grande partie de la population occidentale, l’avertissement peut maintenant s’étendre à l’ensemble de la planète, car il semblerait que ni les occidentaux, ni le reste du monde, n’aient retenu la leçon…

2013 : il semblerait même que nous ayons fait empirer la situation, et que la dérive de notre belle modernité s’inscrive directement au tréfonds de chaque cellule de chaque être humain. Comme si chaque individu, devenu par miracle indépendant des autres, sans lien aucun, ne soit là que pour satisfaire son propre désir, peu importe les conséquences qui pourraient en résulter, même au niveau de son microcosme.

Mais il y a pire : l’épidémie planétaire dû au virus « consumérisme », à la bactérie « nécessité-de-posséder », le besoin impératif de se satisfaire grâce à la consommation, au plaisir facile, affaiblit chaque jour un peu plus les forces vitales de presque toute la population mondiale.

« Le plaisir est nécessaire, et il passe par la consommation ! », nous rabâche-t-on. C’est incontestable ! Qui oserait mettre cette vérité en doute… Pourtant, je n’arrête pas de consommer, alors pourquoi est-ce que je me sens toujours aussi insatisfait, misérable même parfois. Mais c’est bien sûr, je n’ai pas assez consommé ! Où avais-je la tête ?! C’est l’évidence même, et d’ailleurs, comment aurais-je pu l’oublier ou même en douter un seul instant, puisque tout est là pour me le rappeler…

Alors, dans ces conditions, comment en vouloir à ceux qui, même proches, ne répondent pas à vos attentes ? Ils sont à mille lieux de vos petites préoccupations, et ont bien assez de leurs soucis pour seulement imaginer que vous pourriez avoir besoin d’eux…

 

L’anecdote intemporelle …

Le Bouddha raconte également l’histoire d’un homme qui reçoit une flèche et ressent de la douleur et de la colère parce qu’il a reçu cette flèche. Par conséquent, il ressent deux douleurs : une douleur physique et une douleur mentale. C’est comme si l’homme avait reçu une première flèche et immédiatement après une seconde flèche. Il éprouve la douleur de deux flèches.

De la même façon, nous nous torturons quand nous n’acceptons pas ce qui arrive ou que nous n’acceptons pas les autres. La seconde flèche atteint un endroit déjà blessé par la première flèche, ce qui augmente la douleur car lorsque l’on est touché au même endroit, c’est pire. En fait, nous refusons tout simplement d’accepter la première flèche. De fait, nous nous lançons nous-mêmes la deuxième flèche !

Nous avons des attentes très précises pour nous-mêmes, et dans la vie. Nous nous martyrisons nous-mêmes quand les choses ne correspondent pas à nos attentes. Et c’est la rigidité de ces attentes, très précises, qui fait que nous nous torturons nous-mêmes.

Nos flèches, nos attentes, ne sont pas forcément mauvaises. Même les plus positives, les plus bénéfiques, les plus désintéressées, totalement justifiées, naturelles, nous procurent la même douleur, la même insatisfaction, la même désillusion, que la demande la plus égoïste. Ce sont probablement celles-là qui sont le plus difficile à accepter…

 

Notre petit conte temporaire …

Il était une fois, il y a très récemment, un jeune quadragénaire. Sûrement en pleine crise de la quarantaine, mais ça, l’histoire ne nous le dit pas… Les temps sont durs, le chômage bat son plein, les politiques s’amusent sur leur rocher doré, mais il y croit, plein d’espérance et d’optimisme. Il a trouvé sa voie, le yoga, et il y met tout son cœur.

Mais c’est sans compter sur la vilaine sorcière – il y en a toujours une, c’est un conte après tout ! -, qui a décidé qu’il en serait autrement. Pourquoi ? Qui le sait…

Le fait est là : elle fera tout pour l’empêcher d’avancer. Et elle y met, elle aussi, tout son cœur ! Et elle a raison : pour qui se prend-il, ce fou, de vouloir travailler ? Y peut donc pas rester assis sur son coussin à méditer, au lieu de vouloir « suivre sa voie » ! C’est pas comme s’il en avait vraiment besoin, hein, de créer son emploi… Il peut bien, comme tout le monde, se contenter de l’aumône généreuse que la société lui octroie. Par quelle bizarrerie, par quelle fanfaronnerie, par quelle audace veut-il travailler ?

Déjouant les pièges inextricables que lui tend la vilaine sorcière, il poursuit sa route, et chaque fois qu’il rate une marche et tombe dans l’escalier vertigineux du parcours administratif, il se relève, vaillant et courageux, et reprend sa marche, inexorablement.

Inébranlable et pugnace, il s’investit dans ce qu’il fait. Il manque de ressources, il fait donc avec les moyens du bord. Il prépare ces cours, organise son emploi du temps, (et son espace personnel !), pour recevoir ses étudiants dans les meilleures conditions. Il a peu d’élèves, mais c’est le début, rien de plus normal.

Mais la vilaine sorcière, folle de rage de voir que malgré ces attaques, le bougre va de l’avant, change de stratégie, et, de plus en plus sournoise, commence à tirer là où ca fait mal. Et transforme certains de ses étudiants, et de ses proches, bien malgré eux, en désinvoltes insouciants…

Les absences commencent. Ce n’est certes pas grave. Cela arrive, et c’est le risque du métier, ça, il le sait. Ce qu’il comprend moins, le pauvre naïf, c’est qu’on ne juge pas utile de le prévenir, et ce malgré le fait qu’il leur demande, dans la journée, s’ils seront présents, juste histoire de ne pas attendre pour rien… Ça doit être dans son karma : il est juste fait pour attendre, à la merci du bon vouloir des autres…

La vilaine sorcière a aussi trouvé un autre point faible chez sa victime. Il avait quitté son ancienne position pour ne plus rester dans l’illégalité, la précarité, l’instabilité… En arrivant ici, notre nigaud s’était dit que cette fois-ci, il ne retomberait pas dans le même travers, et qu’il trouverait une solution !

Et la solution lui apparu, après quelques mois d’hésitations et de tâtonnements, mais il la tenait ! Tout semblait enfin pouvoir se concrétiser… la solution, certes, n’était pas forcément l’idéale, mais aurait dû lui permettre, dans une certaine mesure, de commencer à y voir plus clair.

Il cherche autour de lui des personnes en qui il a confiance, et leur demande leur aide. Mais au dernier moment, capital, où enfin il devait pouvoir y voir plus clair, où ses espoirs semblaient enfin possiblement se réaliser, on ne daigne même plus le rappeler, pour juste lui dire si oui ou non, on est toujours d’accord, et on le laisse dans l’attente, sans réponse, malgré les messages…

La vilaine sorcière a encore frappé ! Les messagers ne sont jamais arrivés, tombés dans un piège du réseau électronique ? Le mauvais sort de « désinvolture insouciante  » jeté par la sorcière à ses amis est-il si puissant qu’ils ne comprennent pas l’urgence, l’importance majeure que revêt sa requête ? Ou bien le sort est-il d’une autre nature, et a forcé ses amis à revenir sur leur décision ?

Qu’ils ne soient plus d’accord, le problème n’est pas là, ça, il l’accepte. Notre pauvre loustic, par les drôleries facétieuses de son karma, fait les frais de son désir, de ses attentes ! Ce qui lui fait mal, c’est la flèche nommée « apparent-manque-de-considération », devant une situation qui, pour lui, devient « vitale ».

Alors, retour à la case départ, (et sans toucher les 20 000 !), retour au zéro. C’est sûr, chacun a ses priorités, sa vie, ses activités, ses problèmes… Ceci restera pour lui une leçon de plus dans son parcours de vie : ne compter que sur soi-même, et surtout, ne rien attendre d’autrui quand c’est crucial pour soi, mais pas pour l’autre…

Finalement, c’est pas si grave : c’est un peu comme avaler quelque chose qui n’est pas très bon : ça a du mal à passer, ça reste sur l’estomac, il faut juste avoir la patience de le digérer, de prendre le temps de guérir, et surtout, de ne pas précipiter la convalescence.

La vilaine sorcière est une experte ! Elle est devenue maitresse dans l’art de la sape ! L’accumulation des obstacles, des coups bas, des frustrations, ça met les nerfs à vif… « bad timing baby, really bad timing !« …

Heureusement, même s’il est épuisé d’avoir tant combattu, notre petit bonhomme reste « philosophe » : ce qui est fait est fait, on ne peut pas y revenir dessus, et comme dit la chanson : « don’t wanna know ! » (by Cheyenne Jackson)

Alors, le meilleur moyen de fermer le caquet de cette vieille bique de sorcière, c’est encore de se rendre… No drama inutile, et puis, il parait que le temps est le meilleur allié du blessé… Comme disent les américains, « let’s move on ! » Et merci à notre bonne fée – ben oui, quoi, c’est un conte, si y a une sorcière, y a forcément une bonne fée, pour l’équilibre pardi ! -, j’ai nommé Miss Gaynor: ‘I am what I am », and yes, « I will survive ! »

 

The end

 

La morale atemporelle …

Le Bouddha complète son histoire au sujet des deux flèches en imaginant que la personne ne reçoit pas la seconde flèche. Touchée par une seule flèche, elle ne ressent aucune tristesse ou colère, elle ne se lamente pas. Elle ne souffre que d’une douleur : la douleur physique et non mentale.

Tout ceci se réfère à l’acceptation. C’est voir les choses telles qu’elles sont, sans rejeter, condamner, réagir.

C’est seulement en acceptant que nous pouvons agir utilement.

L’acceptation n’est pas la passivité, c’est le point de départ de toute action sage. C’est comprendre que les choses sont comme ça, les reconnaître, ne pas se torturer à leur sujet, et de là, en tenant compte de la situation, l’action peut être juste. Nous pouvons agir efficacement et guérir notre souffrance et celle des autres. Nous ne rajoutons pas de la souffrance à celle qui existe déjà et nous laissons la paix se manifester.

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